L’épilation, that is the question…

L’épilation du pubis

S’émancipant de l’animal pour devenir homme, l’homo sapiens n’aurait gardé de pilosité que le strict nécessaire. Soit les poils utiles. Sur le crâne, ils protègent des intempéries et du soleil. Dans le nez, ils empêchent les substances étrangères de pénétrer pendant l’inspiration. Sur le pubis ou les aisselles, ils accueillent les glandes apocrines responsables de la sueur grasse, indispensable au maintien de la température du corps. Les cils chassent eux les poussières des yeux, les sourcils faisant obstacle à la transpiration frontale. Bon. En tout, ça fait quand même, paraît-il, un petit million de poils qui parsèmeraient notre corps et pousseraient de 0,2 mm par jour.

maillot-piotr-marcinski1200Et pourtant. Le poil toujours a été sur le gril, autant pourchassé que mis en valeur. Victime ou symbole d’une culture ou d’une religion. La barbe s’en tire bien, elle est l’unique pilosité qui n’a presque jamais souffert d’ostracisme – si ce n’est pendant de courtes périodes de l’Empire d’Occident. Ainsi que dans certaines peuplades pratiquant l’épilation intégrale pour se séparer définitivement de l’animal et se rapprocher de Dieu. Sinon, la barbe est en général signe de sagesse et / ou de religiosité.

Cachez-moi cette chevelure

Bien plus difficile est la condition de la chevelure féminine… Dans l’Ancien Testament, elle n’a pourtant aucune connotation diabolique, au contraire, elle est vantée et chantée : « Vos cheveux sont comme des troupeaux de chèvres qui sont montées sur la montagne de Galaad », lit-on dans le Cantique des cantiques, IV, 1 (éditions Mille et une nuit). C’est l’Église chrétienne primitive qui commence à la considérer comme un signe de séduction et donc une incitation au péché, de même qu’elle recommande la tonsure aux hommes. Ainsi, Saint Paul écrit au Ier siècle dans ses Épîtres aux Corinthiens : « Toute femme qui prie ou prophétise la tête non voilée fait honte à sa tête. » Cela finit par influer sur les autres religions.

img_comment_s_epiler_le_pubis_6053_origDepuis le Moyen-Âge, les juives de stricte observance sont rasées et portent perruque parce que leur chevelure est source de tentations charnelles. Mais cette observance n’a ni fondement biblique ni talmudique. Si la poésie arabe du VIe siècle célèbre les chevelures abondantes et riches, l’Islam impose dès le Xe siècle le port du voile aux musulmanes pour dissimuler leur pouvoir de séduction, leur chevelure n’appartenant qu’à leur « propriétaire », comprenez leur époux. On le voit, l’interdiction est tardive et n’arrive en fait que sous l’influence des préceptes chrétiens. En 1583, le concile régional de Tours met les points sur les i : « La tête nue fait sentir la femme débauchée. La tonsure est une exigence d’humilité et de pénitence. »

Les poils du pubis

Si, de façon générale, le poil a toujours été un symbole de virilité pour l’homme alors que, pour la femme, il est disgracieux et sale, il est un endroit plus particulièrement sujet aux modes et aux humeurs : le pubis. Sans doute que cette liberté de la motte est due au fait qu’on ne la voit en général pas dans la vie sociale. Objet privilégié de la sphère intime, elle a su préserver sa singularité, sauf dans la culture islamique qui ne tolère aucun poil chez la femme. Dès qu’elle est pubère, la jeune fille musulmane doit entièrement épiler à la cire orientale (mélange de sucre ou de miel, d’eau et de citron), ses jambes comme ses bras, ses goussets comme son pubis et ses grandes lèvres, sa raie comme son anus. Les hommes musulmans eux-mêmes doivent s’épiler le sexe et les aisselles. Car Mahomet dit dans l’un de ses hadiths (paroles à respecter) : « Dix choses font partie de prédispositions naturelles : se tailler les moustaches, garder la barbe, se brosser les dents, se rincer les narines, se tailler les ongles, se laver les articulations des doigts, s’enlever la pilosité des aisselles, se raser la pilosité du pubis, utiliser l’eau après avoir fait ses besoins et se rincer la bouche. » Il dit encore : « Se raser la pilosité du pubis s’applique aux femmes et aux hommes et il ne faut pas laisser 40 jours s’écouler sans l’avoir fait. » Ce qui était une règle d’hygiène pour le prophète, notamment destinée à lutter contre les poux et les morpions, est devenue dans la pratique une règle religieuse intangible. Au XXe siècle, dans leur grande majorité, les musulmanes pratiquent toujours l’épilation intégrale à la cire orientale, les musulmans continuent de s’épiler le pubis et les aisselles. Par contre, les fondamentalistes exhibent au monde leur barbe en signe de religiosité tout en dérobant le plus possible à la vue des hommes la chevelure sensuelle de leur épouse.

Accordez-moi vos faveurs

Les plus antiques moyens de pratiquer l’épilation connus sont le rasoir et la pince à épiler, notamment utilisés par les Égyptiens qui ont également inventé l’épilation au sucre du temps des Pharaons. La Grèce, elle, a introduit la lampe à brûler les poils, également utilisée à Rome et au Moyen Âge. Mais, à partir des premières Croisades et au contact de l’Islam, les étuves où officient les barbiers se multiplient, on introduit l’épilation à la cire et au rasoir et la mode du pubis lisse. « Les cons barbus rebondis et noirs aux étuves sont rasés et loués », écrit le poète Henri Baude au XVe siècle.

Parallèlement, on développe des potions dépilatoires destinées aux pubis et aux goussets à base de chaux vive et composées de divers éléments hétéroclites tels les sucs de persil ou d’acacias mélangés à de la gomme de lierre, les œufs de fourmis, les ailes de pigeon, l’arsenic et autres (sic !). Cela n’empêche cependant pas de nombreux sexes féminins d’arborer de « grandes moustaches à la Sarrasine » (Brantôme). Ni certaines prostituées de se parfumer la chatte qu’elles décorent de petits rubans accrochés aux poils. Eh! oui, c’est de là que provient la belle expression « accorder ses faveurs ».

À partir du XVIe siècle, les étuves se raréfient, remplacées par des maisons de baigneurs qui sont essentiellement des lieux de rendez-vous. En conséquence, la mode de l’épilation bat de l’aile et les poètes, à l’instar de Ronsard, après avoir chanté « la motte du frais rasé », se mettent à célébrer les « petits et beaux gazons » et les « irrésistibles poils follets ». Les femmes, elles, coiffent et frisent leur mont de Vénus.

Avec ou sans poils ?

Il faut attendre le XXe siècle pour qu’en Occident la mode de l’épilation revienne en force, motivée par le raccourcissement des robes et la mode de la baignade. Les actrices de porno, elles, relancent le con intégralement épilé. Il faut dire que pendant longtemps la censure a interdit de montrer des poils pubiens sur des photos de charme – les poils pubiens étant considérés comme parfaitement obscènes ! Ils font leur première apparition en 1971 dans un numéro devenu pour cela historique dePenthouse.

Celles qui restent réfractaires aux pubis « de petite fille » préfèrent laisser un soupçon de poils et optent pour le « ticket de métro » (on laisse une bande de poils) ou la version brésilienne (on rajoute un triangle au ticket de métro).

Et les hommes

Parallèlement, et sous l’influence des mouvements homosexuels, les hommes hétéros se sont mis à pratiquer l’épilation non seulement des poils disgracieux mais souvent aussi de tous leurs poils pour obtenir un corps parfaitement glabre – faisant le bonheur des esthéticiennes. Mais, mais… Certains homos aiment aussi les bear, « les ours » et le genre übersexuel poilu est en passe de reconquérir ses parts de marché.

Quant aux foufounes bien fournies et autres aisselles chevelues, elles retrouvent leur pouvoir d’attraction – voir Laetitia Casta qui a exhibé ses aisselles poilues dans Le Grand Appartement et qui tient un discours féministe sur le poil en s’insurgeant contre les fantasmes de corps lisses de Lolitas. À l’heure des technologies sophistiquées en mesure d’anéantir tout système pileux, la bête reprend ses poils. À quand le grand retour des faveurs et autres moustaches à la Sarrasine ?