Le Point G, la prostate de la femme

Citations

Chez l’homme, l’éjaculation se produit à la fin de la copulation tandis que la sécrétion de la femme est ininterrompue. Tout s’arrête après l’orgasme victorieux qui survient au tarissement des jus.

Kâma-sûtra

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« C’est un truc de magazines féminins, non ? », « Pourquoi Point G ? Pourquoi on l’appelle comme ça ? Et pourquoi un point, d’abord ? La jouissance féminine est diffuse, on ne peut pas la situer sur un point… » « Si je savais où il est, mon point G… »

Voilà le genre de réponses que l’on obtient au début du XXIe siècle lorsque que l’on interroge la gente féminine. Alors qu’il suffit de surfer rapidement sur la toile pour trouver une foule de promesses faramineuses attachées à ce fameux point considéré comme « la porte du paradis » et ouvrant à des « orgasmes quasi mystiques ». Et alors que des professionnelles du sexe publient force livres et DVD pour prouver que le point G existe, que si on le stimule, on obtient des sensations inouïes, voire une éjaculation, ce qui amène immédiatement à évoquer les fameuses « femmes fontaine »…

D’Annie Sprinkle à Ovidie

Annie Sprinkle la féministe américaine a fait œuvre de pionnière en éditant en 1992 Sluts and Goddesses, dans lequel elle prétend que le fist-fucking est le meilleur moyen de trouver le point G et d’avoir un orgasme car cela permet de détendre le vagin. DansMasturbation Memoirs (1994), elle se met en scène et atteint un orgasme qui dure 52 minutes ! On y voit également d’autres femmes en pleine jouissance et des sexologues font part de leurs connaissances sur le sujet. Les deux vidéos ont été rééditées en DVD (www.anniesprinkle.org). Une autre Américaine, Deborah Sundahl, passe désormais pour être la grande spécialiste de la question. Les éditions Tabou ont publié d’elle Tout savoir sur le point G et l’éjaculation féminine. Son livre est accompagné d’un DVD pédagogique illustrant des exercices pratiques et montrant de belles éjaculations féminines. Il est sans doute l’ouvrage le plus accessible et le plus complet sur la question à ce jour.

Quant à l’indispensable Ovidie, ex-star du porno devenue réalisatrice et auteur, elle a publié à La Musardine Osez… découvrir le point G en 2006 et dans son film Sexualité mode d’emploi, elle montre elle aussi comment accéder au paradis de l’éjaculation féminine (voir son site www.pornomanifesto.com). Sur Internet, vous trouverez de nombreux sites traitant de la question comme www.doctorg.com, divers godemichés spécialement adaptés au point G et d’innombrables éducateurs sexuels qui se feront fort de vous faire découvrir votre point G moyennant quelques séances bien rémunérées.

Alors, le point G, tromperie mercantile ou voluptueuse réalité ?

 Mais pourquoi tant de doutes et d’ignorance d’une part, des sexologues et féministes pro sexe démontrant avec acharnement les pouvoirs miraculeux du point G de l’autre ? Parce que le débat n’est toujours pas tranché. Des sexologues et médecins affirment que le point G est une prostate féminine. D’autres médecins rétorquent qu’aucune donnée anatomique ne vient confirmer l’existence d’un point érogène situé sur la face antérieure du vagin, que les études réalisées sont peu nombreuses et peu convaincantes, que la population témoin est trop restreinte, etc.
Certains chirurgiens esthétiques se sont fait eux une spécialité d’injecter de l’acide hyaluronique dans le point G de leurs patientes pour l’amplifier et le rendre plus érogène. Le docteur David Matlock a lancé le mouvement aux Etats-Unis (www.drmatlock.com ). Désormais, de nombreuses cliniques privées proposent ce traitement – fort rémunérateur.

En France, la doctoresse Marie-Claude Benattar propose, elle, carrément une « amplification du point G par une injection intradermique péri-urétrale de 3 ml d’une solution isotonique d’acide hyaluronique » pour soigner les DSF (dysfonctions sexuelles féminines) (voir son article L’Amplification du point G. Nouvelles approches thérapeutiques dans le traitement des dysfonctions sexuelles féminines : l’amplification « du point G » dans les baisses de désir et plaisir féminins www.jim.fr/jim2/FMC/gyneco/pointG.htm).

L’éjaculat sacré des femmes fontaine

Pour y voir un peu plus clair, plongeons-nous dans l’histoire. L’Antiquité déjà s’est intéressée à l’éjaculation féminine. Beaucoup. Elle est évoquée dans le Cantique des Cantiques. En tant que médecins, Aristote, Hippocrate et Galien l’ont étudiée. Les Romains l’ont dénommée liquor vitae, le tantrisme nectar des dieux ou nectar de Lotus, le taoïsme la troisième eau. Le Kâma-sûtra, bien sûr, n’est pas en reste. Les Japonais, dans l’art du Shunga, en ont fait de nombreuses reproductions et encourageaient à boire l’éjaculat féminin censé posséder des vertus rajeunissantes.

En fait, l’éjaculation féminine a toujours fait partie de la culture, elle a été vantée, appréciée, évoquée et peinte. Au cours de l’histoire, on a même pu croire qu’elle jouait un rôle dans la reproduction. L’Occident monothéiste, lui aussi, n’est pas avare de textes de médecine l’évoquant. Ce n’est qu’à partir du puritain XIXe siècle qu’elle a d’abord été reléguée dans la case des indésirables sous le nom de « pollution », pour être ensuite carrément niée. Depuis, la route est longue et ardue…

De De Graaf à Gräfenberg

 Mais reprenons pour ce qui est de notre histoire occidentale. Au XVIIe siècle, Reijnier De Graaf, physiologiste et histologiste néerlandais, décrit un tissu de glandes et canaux présent autour de l’urètre dont la fonction « consiste à libérer un liquide glairo-séreux qui augmente la libido de la femme, la rend plus désirable par son odeur âcre et salée, et lubrifie ses parties génitales pendant le coït » (citation extraite de Jocelyn H. D., Setchell B. P., De Graaf R., On the human reproductive organs. An annotated translation of tractatus de virorum organis generationi inservientibus (1668) and the mulierum organis generationi inservientibus tractatus novus (1772). New treatise concerning the generative organs of women, J ; Reprod. Fertil. 17, 1972. C’est donc à De Graaf que l’on doit le terme de prostata mulierum, soit « prostate féminine » pour définir cette zone particulièrement érogène.

En 1880, le gynécologue américain Alexander J. C. Skene décrit le tissu de glandes et canaux s’ouvrant de part et d’autre de l’urètre. Cependant et contrairement à De Graaf, il considère ce tissu comme un vestige de prostate qui ne joue aucun rôle dans le déclenchement du plaisir féminin. Mais, désormais, il portera son nom, soit glandes et canaux para urétraux de Skene.

En 1948, le gynécologue J. W. Huffman exécute sur la base d’autopsies des maquettes en cire des glandes et canaux para urétraux de Skene et identifie 31 canaux qui se déverseraient dans l’urètre. En 1950, Ernst Gräfenberg s’intéresse à la frigidité des femmes et publie un article intitulé Le Rôle de l’urètre dans l’orgasme féminin (The Role of the urethra in female orgasm, inThe International Journal of Sexology, no 3, à lire sur le site http://doctorg.com/Grafenberg.htm). Il y décrit une zone située sur la paroi antérieure du vagin qui gonflerait et serait, au contraire du reste du vagin, très érogène parce que très innervée. Selon l’obstétricien allemand, cette zone serait également responsable de l’émission d’un liquide au moment de l’orgasme et provenant de l’urètre, mais différent de l’urine. Cependant, ce n’est pas lui, comme on le croit à tort, qui a baptisé cette zone point G. Ses recherches sont en effet restées quelque peu ignorées pendant les grandes années de la libération sexuelle féminine où l’on a brandi le clitoris comme seul organe capable de déclencher un orgasme féminin. Les féministes reprochaient en effet aux tenants du point G de prôner un retour au coït traditionnel et conservateur par pénétration vaginale !