L’hymenoplastie, c’est quoi ?

Cette première explication n’est pas glorieuse, mais la seconde explication l’est encore moins. Les mêmes gynécologues n’ont sans doute aucune envie de se priver d’un très juteux marché : celui de l’hymenoplastie. Aujourd’hui, la reconstitution chirurgicale de l’hymen coûte 100 euros en hôpital public et 3’000 euros en clinique privée. Les annonces fleurissent sur la toile, dont celle d’Estetika Tour, qui promet pour 1’250 euros tout compris, avec voyage et trois jours sur place, une hymenoplastie réalisée à Tunis dans la plus grande discrétion. L’opération, qui consiste à utiliser les séquelles hyménéales en les incisant dans leur partie médiane et en les réunissant, dure une demi-heure… À 3’000 euros, cela fait cher la demi-heure – mais on paye la discrétion et le luxe des cliniques privées. Il semblerait que non seulement les musulmanes, mais également les juives, les catholiques, les  hindoues et des femmes sub-sahariennes y recourent et ne reculent pas à la dépense lorsqu’elles le peuvent – le désespoir faisant loi.

Certificat de virginité

Par ailleurs, des gynécologues mais également des généralistes signent avec sérieux des « certificats de virginité ». «  L’examen se fait généralement par observation directe de l’entrée du vagin. Le médecin donne en outre une description du type d’hymen observé. Cette pratique d’authentification de la virginité se heurte à des questions d’ordre éthique, mais aussi à un problème médical. En effet, toutes les études confirment l’extrême difficulté de certifier l’absence ou la présence d’une sexualité prénuptiale, même en cas de rupture évidente de l’hymen. Une importante proportion de cliniciens ne sont pas en mesure de décider si une déchirure partielle de l’hymen est corrélée avec une activité sexuelle ou pas », (extrait de http://www.ethique-info.net/spip.php?article246).

Heureusement, la Suède

Comme souvent, la raison nous vient du Nord, ainsi que nous l’apprend un passionnant article publié par Barbara Strandman sur son blog (http://www.mediapart.fr/club/blog/barbara-strandman/010608/depucelage-n-est-pas-defloration-ou-l-hymen-est-un-mythe).  Dans Dépucelage n’est pas défloration, ou l’hymen est un mythe, elle cite Jan Jerbeck, chirurgien plastique de Stockholm qui ne parle pas de « reconstruction » mais de « construction » de l’hymen puisque, selon lui, il n’existe pas en tant que membrane devant saigner.
Il décrit comment il crée un succédané apte à saigner  : « On coupe les parois qui existent dans le vagin et on les coud alors entre elles avec un fil qui se résorbe de lui-même. L’objectif est qu’elles se relient et forment une croûte de plaie qui peut se briser et saigner. » Plus l’opération est proche du mariage, plus on a de chance que cela saigne. « Mais je ne peux donner de garantie. Je recommande toujours aux femmes d’avoir une aiguille avec laquelle elles peuvent s’égratigner. Comme un plan B. »

Refus de l’hymenoplastie

Barbara Strandman mentionne également l’hôpital universitaire de Malmö (MAS) et l’hôpital Karolinska de Stockholm qui vont encore plus loin. Les deux établissements refusent de pratiquer l’hymenoplastie et préfèrent éduquer les patientes qui souhaitent une telle opération en leur expliquant que l’hymen en tant que membrane devant se déchirer lors du premier rapport n’existe pas. Plutôt que d’infliger aux jeunes filles l’agression corporelle d’une opération, et si vraiment elles doivent se présenter « vierges » à leur mari, on leur donne des trucs :  on leur apprend qu’elles peuvent planifier leurs règles avec la pilule pour que le premier jour des règles coïncide avec le mariage ou qu’elles peuvent acheter une capsule à mettre dans le vagin qui va libérer un liquide rouge. Elles peuvent également introduire dans leur vagin de la poudre de pierre d’alun qui, en favorisant la constriction des muqueuses, provoque des saignements. On ne peut que souhaiter qu’une telle honnêteté se généralise – ce qui serait le seul moyen d’arriver à enfin détruire un mythe et le marché qu’il engendre.

En 1749, Buffon déjà…

En conclusion, on relira encore Buffon. Dans son Histoire naturelle, au chapitre De la puberté, le célèbre naturaliste affirme déjà – on est en 1749 – que la virginité d’une femme ne peut se mesurer à l’aune de son hymen. Et il s’insurge contre la manipulation faite du corps féminin : « Les hommes jaloux des primautés en tout genre, ont toujours fait grand cas de tout ce qu’ils ont cru pouvoir posséder exclusivement et les premiers ; c’est cette espèce de folie qui a fait un être réel de la virginité des filles. La virginité qui est un être moral, une vertu qui ne consiste que dans la pureté du cœur, est devenue un objet physique dont tous les hommes se sont occupés ; ils ont établi sur cela des opinions, des usages, des cérémonies, des superstitions, et même des jugements et des peines. » Réaliste, Buffon écrit qu’il « n’espère pas réussir à détruire les préjugés ridicules qu’on s’est formés à ce sujet ». Malheureusement, l’histoire lui a donné raison puisque, deux siècles et demi plus tard, les préjugés qu’il dénonce ont toujours cours.